"Koné se développe beaucoup plus rapidement en Asie qu'en Occident"
(déposée le 20/01/2011)
Koné a 100 ans. Le finlandais fabrique, pose et entretient des ascenseurs mais aussi des portes automatiques et des escaliers mécaniques. Il est le quatrième acteur mondial du secteur, derrière l'américain Otis, le suisse Schindler et l'allemand ThyssenKrupp. Koné France, dirigé par Gérald Roux, est le deuxième opérateur du secteur dans l'Hexagone.

Comment votre entreprise a-t-elle traversé la crise ?
Le groupe a bien résisté, connaissant, comme l'ensemble du commerce mondial, une bascule de l'Occident vers l'Orient : Koné se développe beaucoup plus rapidement en Asie, notamment en Chine et au Japon. La Chine représente, à elle seule, presque la moitié du marché mondial des appareils neufs, en raison de son urbanisation phénoménale : les immeubles collectifs, les tours, les hôtels, les bureaux, les parkings, les équipements publics ou les supermarchés nécessitent de nombreux appareils. Nous avons ainsi obtenu un gros contrat d'ascenseurs à Hongkong, et un autre d'escaliers mécaniques pour équiper le métro de Singapour. Les projets de tours au Moyen-Orient nous ouvrent aussi de belles perspectives, notamment grâce à notre filiale de Dubaï, qui a fourni les appareils de la plus haute tour du monde (Burj Khalifa). Dans les pays "mûrs", comme la France, l'Espagne, l'Angleterre ou les Etats-Unis, la demande est portée par le vieillissement de la population et le besoin d'accessibilité. Dans les pays latins - l'Italie, l'Espagne ou la France - où l'habitat collectif est répandu, le marché résidentiel reste actif, avec 850 000 appareils, même si la construction souffre beaucoup en Espagne. Nous nous développons aussi dans le domaine du contrôle d'accès, des interphones, des badges.
Qui sont les actionnaires de Koné aujourd'hui ?
Koné est née en octobre 1910, à Helsinki, en Finlande, et appartient toujours aux descendants de Harald Herlin, qui en a pris le contrôle en 1924. La famille est toujours majoritaire en droits de vote à son capital, Koné étant cotée à la Bourse d'Helsinki. Pour le centenaire, la Fondation Koné a financé, en France, la rénovation d'un ascenseur de l'Opéra de Paris dit "ascenseur de l'Aga Khan". La direction de l'Opéra se demandait comment rendre ces lieux prestigieux accessibles aux handicapés, comme la loi l'y oblige désormais, et a eu l'idée de remettre en service cet équipement qui descend jusqu'à la rue, sur le côté du bâtiment, et qui n'avait pas été entretenu depuis plus de vingt ans. Koné a donc réhabilité la cabine à l'identique - un chantier passionnant, de 400 000 euros, mené en concertation avec l'architecte des bâtiments de France Alain-Charles Perrot - avec les bois et les tissus anciens. Mais surtout, le mécanisme, autrefois hydraulique, est désormais aux normes. C'est une actionnaire de Koné, la Finlandaise Caroline Blaberg, passionnée d'opéra et amoureuse de Paris, membre de la famille propriétaire, qui a eu l'idée de ce mécénat. Nous développons notre activité patrimoine, qui permet de rendre accessibles des monuments et immeubles anciens. Nous avons ainsi appareillé l'église de la Madeleine à Paris et inauguré l'équipement en novembre 2010.
Les copropriétaires renâclent à moderniser les ascenseurs ; les associations de consommateurs mettent en cause la nécessité de cette coûteuse opération. Que leur répondez-vous ?
Notre profession est mal aimée et très critiquée. La loi Robien de 2003 oblige, en effet, les propriétaires et copropriétaires à réaliser des travaux de sécurité sur le parc existant, soit 250 000 appareils, avec une échéance fin 2010 pour réaliser la première tranche, les deux autres étapes étant 2015 et 2018. Cela nous a conduits à embaucher quelque 1 380 techniciens en quatre ans, entre 2007 et 2010. La loi est efficace, puisque le nombre d'accidents a baissé de 30 % entre 2002 et 2008. Nous avons d'ailleurs analysé en détail les causes de cinquante accidents mortels et constaté que 80 % d'entre eux auraient pu être évités s'il y avait eu la modernisation qu'exige la loi. Depuis trois ans, le nombre de blessés diminue également. Dans le parc social, qui compte 45 000 appareils, nos techniciens ont parfois du mal à intervenir dans certains immeubles, et se font agresser. Les habitants nous reprochent les pannes à répétition, dues, en réalité, à une surutilisation des appareils qu'empruntent trois fois plus d'habitants que dans un immeuble "bourgeois" de même taille.
Y a-t-il des innovations dans votre domaine ?
Notre centre de recherche, à Helsinki, situé dans une ancienne mine, et notre tour d'essai dans un ancien puits de mine nous permettent de tester nos inventions. Nous sommes précurseurs dans le domaine des économies d'énergie. Nos ascenseurs consomment aujourd'hui 50 % de moins d'électricité que ceux construits en 2006. Nous récupérons, par exemple, l'énergie produite lors de la montée et de la descente pour la redistribuer au réseau électrique du bâtiment. Nous installons des éclairages économes, à base de LED (diodes électroluminescentes), ou qui se mettent automatiquement en veille à l'arrêt... Autre piste, le gain de place pour les immeubles existants. Nous avons mis au point un appareil, le MonoSpace, prenant le moins de place possible, avec une gaine et une cabine minimales, sans même un local pour la machinerie, qui est intégrée à la gaine. Nous portons aussi nos efforts sur le design et travaillons avec l'entreprise finlandaise de design Mariemekko.
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