Cela fait plusieurs années que l’on parle d’intelligence artificielle dans le monde de l’ascenseur, avant tout parce que chaque constructeur considère ses ascenseurs plus intelligents que ceux des autres, mais l’affaire semble s’accélérer.
Alors Ascenseurs Online a décidé de faire un point de réflexion.

 

Soyons ambitieux, essayons d’expliquer ce qu’est Intelligence artificielle 

Vous en trouverez une bonne définition dans wikipedia, l’article est assez complet, nous voulons seulement faire comprendre au plus grand nombre.

En simplifiant il s’agit de programmes informatiques d’un genre nouveau. Le concept est né en 1950 mais les méthodes, et la puissance de calcul ont commencé à donner des résultats vers la fin des années 90 , quand Watson d’IBM a battu un grand champion d’échecs par exemple. Dans ces programmes tout n’est pas prévu par l’homme comme dans un algorithme classique mais il semble que le logiciel explore seul des pistes et raisonne comme nous. Et plus récemment on a commencé à dire que le logiciel apprend, c’est le « Machine learning » . Généralement on lui présente des exemples et le logiciel avec de nombreuses méthodes mathématiques différentes est capable de relier les données et prévoir un résultat. Depuis moins de 10 ans on va encore plus loin en parlant de Deep Learning (apprentissage profond) , cette fois on ne donne même pas les caractéristique et le logiciel arrive à trouver une solution : on a cité cet exemple de logiciel de traitement d’image qui cherche à distinguer les vieux des jeunes et qui trouve tout seul que la dimension des oreilles (qui grandissent toute notre vie) est un critère discriminant.

Bon vous avez fait le plus dur, on va bientôt pouvoir en venir aux ascenseurs et décoder les annonces de nos 4 grands constructeurs.

 

Avant il reste encore à expliquer le Big Data : les données de masse

Vous avez tous remarqué qu’avec votre carte Monoprix ou Carrefour, on vous profile et on vous propose des bons d’achats ou des promotions assez souvent pertinentes… ou pas. C’est l’analyse de vos tickets de caisse. Dernièrement après avoir acheté des couches pour ma voisine âgée qui ne pouvait pas se déplacer, j’ai été suspecté d’avoir des fuites urinaires par une grande marque et bombardé de publicités « pertinentes » . Ceci semble nous éloigner de l’ascenseur mais peut-être pas …

Il s’agit bien de traitement massif de données : On utilise les milliards de données des tickets de caisse, pour des recherches de corrélations, du marketing ciblé, du profilage et de la segmentation de clientèle.

Là encore la puissance de calcul a développé des analyses qui auraient pris des années avec un ordinateur de 1960.Et cela a donné des progrès considérables en météorologie, dans le domaine de la santé ou de la maintenance … Maintenance ?
Nous voici plus proche de l’ascenseur.

 

Les premières applications de l’intelligence artificielle

C’est dans les algorithmes des manoeuvres sophistiquées pour les grandes tours que chacun a commencé à trouver ses ascenseurs plus intelligents que ceux des concurrents. On comprend la complexité du comportement des usagers, et les réponses à mettre en œuvre. Dans les années 90 on a entendu parler de logique floue, d'auto apprentissage, et bientôt d’intelligence artificielle. Bien entendu cela s’est complexifié avec les manœuvres à destination, ou hybrides… bref on voit bien que si on sait prévoir que ce matin tout le monde va aller boire le café au 3eme étage on adaptera le fonctionnement des ascenseurs.

 

Mais il y a un domaine nouveau et plus spectaculaire pour l’intelligence artificielle : La maintenance

On détaillera plus loin les communiqués de presse des grands ascensoristes, qui font des accords avec IBM, Microsoft ou GE Digital. Doit-on comprendre que la concurrence va maintenant se jouer entre ces informaticiens, à savoir qui aura le meilleur logiciel ?

 

Comment ça fonctionne ? les capteurs sur les ascenseurs

Il s’agit de saisir les données et on peut distinguer au moins 3 méthodes :

- Pour les appareils modernes : la manœuvre électronique peut être désormais conçue pour cela, et comme la législation a imposé un lien téléphonique tout est en place. Certains constructeurs parlent de 300 données transmises. On les imagine assez bien : vitesses, courses, poids en cabine, mouvements de portes, interruptions de chaines de sécurité etc …

- Pour les appareils ancien : la télésurveillance. Sur ces appareil on peut sophistiquer le téléphone en cabine en le transformant en télésurveillance. Et c’est un appareillage complémentaire, connecté qui vient transmettre les données. Mais il faut brancher ce dispositif à des points de mesure, plus ou moins faciles à trouver sur des manœuvres anciennes.

- Pour les appareils anciens : la boite noire. Au moins un constructeur semble avoir une solution différente. Il pose une boite sur le toit sans autre liaison et ce dispositif enregistre des accélérations, des altitudes, donc des vitesses, mais aussi des bruits ou des vibrations qui lui donnent des informations. Ce constructeur revendique 200 données, et on comprend que ce dispositif produit à grande échelle devient bon marché.

Nota : le figaro du 18 janvier nous apprend l’existence d’une startup Uptime. Augustin Cellier, un ancien d’OTIS a fondé cette société avec son frère. Sa société propose de poser 2 boitiers un en machinerie et un autre dans le local machine. Il estime que les ascenseurs ont en moyenne 3 pannes par an et il offre de les réduire en donnant les bonnes infos au technicien qui passe toutes les 6 semaines. C’est clairement la solution que nous décrivons ici.

Le Figaro reporte un commentaire : Alain Zeliszewski, président de la fédération des indépendants des experts et bureaux de contrôle des ascenseurs : « L'arrivée du big data va remettre au cœur des métiers de maintenance l'expertise des techniciens, qui ne se contenteront plus du minimum ». Ce n’est pas gentil pour les ascensoristes et leurs salariés, qui justement travaillent sur le sujet, mais il est clair que tous ceux qui veulent jouer les intermédiaires entre un ascensoriste et son client doivent d’abord critiquer la situation existante pour justifier leurs interventions…

La course à la donnée est donc bien engagée. On remarquera que ceci a démodé rapidement des dispositifs de boîtes noires installées à grand frais surtout dans le parc HLM pour surveiller les ascensoristes à la fin des années 90.

 

Comment ça fonctionne : les infos techniciens

Tous les techniciens d’ascenseurs sont dotés aujourd’hui de terminaux sur lesquels ils reçoivent leurs programmes de travail, et ils rendent compte pour le client et pour leur encadrement. On dispose alors en temps réel des pannes, et des réparations faites.

 

Comment ça fonctionne : le traitement des données

On passe alors à ces fameuses plateformes comme Watson d’IBM qui ne sait pas seulement jouer aux échecs.

Ces plateformes vont établir des corrélations : Watson va lier les pannes avec les variations de paramètres des jours précédent. Il n’est pas ascensoriste mais s’il a beaucoup d’appareils connectés il va par exemple remarquer que quand le temps de course varie on a souvent une panne de fin de course les jours suivants. Et il va faire des centaines de corrélation du même type pas forcément toutes pertinentes (rappelez-vous mes fuites urinaires …).

 

Dernière étape : les Ingénieurs ascensoristes

C’est là que les ingénieurs des BE de Finlande, Suisse, Allemagne, Etats-Unis , mais aussi Inde et Chine , sont en train de phosphorer.

Euréka ! Quand la course varie c’est peut-être une usure de poulie et un glissement de câbles ! Alors la prochaine fois on traduira en automatique ce que dit Watson : on dira au technicien sur son petit téléphone mobile : « va vérifier l’usure de la poulie ».

 

En première conclusion

La bataille est passionnante et elle se déroule entre les géants. Celui qui saura avancer fera une grande productivité et donnera le meilleur service. On comprend qu’elle ne joue pas seulement dans la qualité des plateformes logicielles, mais dans le captage de donnée, dans l’analyse, dans la discipline des techniciens, la qualité de leurs feed-back …

Ce que nous disent les 4 grands :

KONE s’est expliqué : c’était à Londres le 29 septembre. Hughes Delval, l’ancien patron de KONE France est aujourd’hui Vice-Président du service. Il semblerait que KONE ait déjà connecté 100000 ascenseurs. KONE a visiblement trouvé moyen de capter les données de toutes les marques d’ascenseurs de son parc, à un faible coût. C’est Watson , la plateforme d’IBM qui est utilisée. KONE le présente comme sa plus grande révolution depuis le lancement de son Monospace. Bigre !

OTIS a lancé il y a plus de 15 ans une expérience de télémaintenance en France. Mais sans avantage compétitif fort jusqu’à ce jour. Avec son REM (le dispositif de téléphone en cabine), OTIS explique qu’il fait une surveillance continue de l’ascenseur incluant la précision d’arrêt, le fonctionnement des portes et les points essentiels de sécurité. Encore récemment en 2017, le 23 aout à Taiwan , le groupe a présenté ses avancées technologiques : plus de 300 000 ascenseurs connectés au REM et grâce à cela le système fait un bilan de santé (health report) et détermine les pièces à remplacer.

En avril 2016 OTIS avait annoncé un accord avec Microsoft pour connecter les appareils par le cloud ; en même temps il était dévoilé un accord pour utiliser la plateforme des objets connectés de ATT. On retrouve bien nos concepts : ici la plateforme d’IA c’est Cortana Intelligence. Si vous avez Windows 10 vous avez déjà essayé de clouer le bec à l’assistant Cortana qui veut toujours faire quelque chose pour vous. Pas de nouvelles sur ce développement depuis 2016.

SCHINDLER : Forcément le Suisse a suivi et annoncé le 6 juillet 2016 un accord avec GE Digital. C’est ici Predix, la plateforme de GE , qui est utilisée. SCHINDLER explique qu’il va analyser les données pour prévoir les pannes.

THYSSEN enfin utilise sa solution MAX, basée sur Microsoft Azure IoT. Il nous dit que c’est une combinaison de technologie cloud, de big Data et de Machine Learning : désormais vous comprenez tout !

Avec Uptime, cette technologie ne sera pas réservée aux grandes entreprises. Mais il reste à comprendre qui seront les clients de cette nouvelle startup qui a déjà levé 1 million €, ce qui ne signifie rien sur la viabilité de son modèle économique à l’heure de l’argent facile !

La bataille est lancée : ce n’est pas celle de l’intelligence artificielle, mais celle de l’intelligence des hommes qui vont mettre en œuvre.